Plan d'apurement d'un loyer impayé : modèle, durée et pièges à éviter
Votre locataire meublé accumule du retard, promet de se rattraper, et vous hésitez entre patience et procédure. Le plan d'apurement loyer impayé est précisément l'outil intermédiaire : un échéancier écrit qui étale le remboursement de la dette locative pendant que le loyer courant reprend. Bien construit, il maximise vos chances de récupérer les sommes, maintient l'aide au logement versée par la CAF et, s'il passe devant le juge, verrouille la sortie en cas de rechute. Mal construit, il vous fait perdre des mois. Voici la méthode en quatre étapes, avec le modèle et ce que dit la jurisprudence récente.
La réponse en 60 secondes
Étape 1 : cadrez la dette et faites les signalements obligatoires
Avant de proposer quoi que ce soit, arrêtez un décompte exact : loyers, charges, mois par mois, paiements partiels imputés. La Cour de cassation a déjà censuré des décisions fondées sur un décompte approximatif : un écart de quelques dizaines d'euros peut fragiliser toute la procédure (Cass. 3e civ., 9 septembre 2021, n° 20-10.929). Tenez ce décompte en séparant l'arriéré du loyer courant : cette distinction devient décisive à l'audience.
Deux signalements s'imposent ensuite, sans attendre l'issue amiable. Si votre locataire perçoit une aide au logement (APL, ALF, ALS), vous devez signaler l'impayé à la CAF ou à la MSA dans les deux mois de sa constitution (une dette égale à deux fois le loyer mensuel net charges comprises), sous peine de pénalité financière, notamment si vous percevez l'aide en tiers payant. La CAF demande alors un plan d'apurement, et c'est votre intérêt : l'aide continue d'être versée, de préférence entre vos mains en tiers payant, tant que le plan tient.
Dès que l'impayé est établi, le bailleur a 2 mois pour le signaler à la Caf (ou la MSA). [...] En cas de mauvaise exécution du plan d'apurement ou de non-paiement du loyer en cours, la Caf (ou la MSA) suspend le versement de l'aide au logement.
Le signalement CAF est une obligation du bailleur, et le maintien de l'aide au logement dépend du respect du plan d'apurement.
Sachez enfin que si vous faites délivrer un commandement de payer alors que l'impayé dure depuis deux mois sans interruption ou que la dette atteint deux fois le loyer mensuel hors charges, le commissaire de justice le signale automatiquement à la commission de prévention des expulsions (CCAPEX) lorsque le bailleur est un particulier ou une SCI familiale. Pour situer le plan d'apurement dans la chronologie complète, consultez notre guide sur le nombre de loyers impayés avant expulsion en meublé.
Étape 2 : rédigez un échéancier réaliste (le modèle)
Le plan amiable n'obéit à aucun formalisme légal, mais la pratique judiciaire donne le bon gabarit : les juges valident des échéanciers en mensualités fixes avec solde à la dernière échéance (dans un échéancier judiciaire, la cour d'appel de Paris a par exemple accordé 35 mensualités de 175 euros et le solde à la trente-sixième). Reprenez cette logique pour votre plan amiable. Votre plan d'apurement écrit doit contenir :
- l'identité des parties et la référence au bail (logement, date de signature) ;
- le décompte arrêté de la dette à la date de signature, en distinguant loyers et charges ;
- l'engagement de reprendre le paiement intégral du loyer courant à chaque échéance, en plus des mensualités du plan : un plan qui étale la dette pendant que le courant reste impayé ne vaut rien ;
- le montant et la date de chaque mensualité de remboursement, avec un solde éventuel à la dernière ;
- l'imputation des paiements : d'abord le loyer courant, ensuite l'arriéré, pour objectiver la reprise du courant ;
- une clause de déchéance : tout incident de paiement rend le solde immédiatement exigible et met fin au plan ;
- la mention que le plan ne vaut pas renonciation à la clause de résolution du bail ni aux procédures en cours ;
- le lieu, la date et la signature des deux parties.
Calibrez la mensualité sur la capacité réelle du locataire : un plan intenable se rompt au deuxième mois et vous fait perdre du temps. Les juges refusent d'ailleurs les délais quand le locataire n'est manifestement pas en situation de régler sa dette (Cass. 3e civ., 5 mars 2013, n° 12-11.985). Durée indicative : douze à vingt-quatre mois pour une dette courante, trois ans étant l'horizon maximal que retiendrait un juge. Le protocole de cohésion sociale, parfois évoqué, est un dispositif propre aux bailleurs sociaux : entre particuliers, l'outil reste le plan d'apurement.
Étape 3 : sécurisez le plan sans désarmer la procédure
Un plan amiable signé n'efface ni le commandement de payer ni l'intérêt d'en faire délivrer un. Depuis la loi du 27 juillet 2023, la clause de résolution de plein droit, obligatoire dans tout bail d'habitation, produit effet six semaines après un commandement resté infructueux.
Tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Le délai laissé au locataire par le commandement de payer est de six semaines depuis la loi du 27 juillet 2023.
Si l'affaire vient à l'audience, le juge peut accorder des délais de paiement, à votre demande, à celle du locataire ou d'office. Le plafond est alors de trois années, par dérogation au droit commun des délais de grâce qui les limite à deux ans (Code civil, article 1343-5). Condition posée par la loi : le locataire doit être en situation de régler sa dette et avoir repris le versement intégral du loyer courant avant l'audience. D'où l'importance du décompte séparé de l'étape 1.
Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Trois ans maximum devant le juge du bail, contre deux ans en droit commun ; la reprise intégrale du loyer courant avant l'audience est une condition d'octroi.
Contre-intuitif mais vrai : l'homologation judiciaire du plan est souvent votre meilleure protection. Pendant l'échéancier fixé par le juge, les effets de la clause de résolution peuvent être suspendus si vous ou le locataire le demandez ; si le locataire respecte le plan, la clause est réputée n'avoir jamais joué, et s'il ne le respecte pas, elle reprend son plein effet sans nouveau procès au fond. La Cour de cassation juge que la résiliation est alors définitivement acquise, même si la dette est soldée après coup et sans que la bonne ou mauvaise foi du bailleur y change rien (Cass. 3e civ., 26 octobre 2023, n° 22-16.216 et Cass. 3e civ., 4 janvier 2023, n° 21-19.705, rendus en matière de bail commercial, où la mécanique de suspension est identique).
Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. [...] Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
La suspension tombe au premier incident : le plan homologué protège le locataire qui paie et arme le bailleur si le plan échoue.
Anticipez aussi les défenses du locataire : un logement non décent ou mal entretenu peut fonder une exception d'inexécution que le locataire peut opposer sans mise en demeure préalable et que le juge doit examiner (Cass. 3e civ., 18 septembre 2025, n° 23-24.005). Purgez tout litige d'entretien avant d'assigner. Et pour l'avenir, une assurance loyers impayés reste la meilleure ceinture de sécurité.
Étape 4 : réagissez au quart de tour si le plan n'est pas respecté
Premier incident de paiement : ne laissez pas s'installer un « plan bis » informel. Trois réflexes. D'abord, constatez l'incident par écrit (mise en demeure simple rappelant la clause de déchéance). Ensuite, tirez les conséquences juridiques : si le plan avait été homologué avec suspension de la clause de résolution, la suspension a pris fin au premier impayé et la résiliation est acquise ; faites délivrer le commandement de quitter les lieux. Si le plan était purement amiable, reprenez la voie classique : commandement de payer, assignation, audience. Enfin, côté CAF, la mauvaise exécution du plan entraîne la suspension de l'aide au logement : actualisez votre signalement.
Attention à ne pas accepter en silence des paiements partiels qui pourraient s'analyser comme une renonciation à vous prévaloir de l'échéancier : encaissez en imputant par écrit sur le loyer courant puis sur l'arriéré, et rappelez à chaque fois que le plan reste rompu. Cas particulier : si le locataire dépose un dossier de surendettement jugé recevable, les mesures du plan de surendettement se substituent à votre échéancier ; vous ne pouvez pas l'ignorer. Et si la dette devient irrécouvrable malgré tout, pensez aux aides et recours en cas de loyer impayé (garantie Visale, FSL, procédure d'expulsion).
Amiable, CAF ou juge : le tableau récapitulatif
| Cadre | Durée | Conditions clés | Effet principal |
|---|---|---|---|
| Plan amiable entre bailleur et locataire | Libre (12 à 36 mois en pratique) | Accord écrit, mensualités réalistes, loyer courant repris | Remboursement organisé, aucune protection automatique |
| Plan demandé par la CAF ou la MSA | Établi dans les 6 mois du signalement | Impayé égal à 2 fois le loyer mensuel net, signalement sous 2 mois | Aide au logement maintenue tant que le plan est respecté |
| Délais accordés par le juge | 3 ans maximum | Locataire en situation de régler, loyer courant repris avant l'audience | Clause de résolution suspendue sur demande, résiliation acquise au premier incident |
| Délais de grâce de droit commun | 2 ans maximum | Situation du débiteur et besoins du créancier | Suspension des procédures d'exécution, sans les effets de l'article 24 |
FAQ : plan d'apurement et dette locative
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