Réparations locatives en meublé : qui paie quoi entre locataire et bailleur
Une plaque de cuisson qui rend l'âme, un joint de douche noirci, un volet qui coince, trois lames de parquet marquées : à chaque incident, la même question revient, et elle empoisonne autant les mois de location que l'état des lieux de sortie. Qui paie ? En location meublée longue durée, la réponse ne se négocie pas au cas par cas : elle découle d'un principe simple, complété par une liste réglementaire et par trois causes qui renversent la charge. Ce guide s'adresse au bailleur LMNP qui loue un logement meublé à usage de résidence principale. Il trace la frontière poste par poste, traite le cas propre au meublé du mobilier obligatoire, et explique comment facturer une réparation en fin de bail sans voir la retenue annulée.
La réponse en 60 secondes
Le principe de répartition des réparations locatives
Tout part d'une définition. Les réparations locatives, ce sont l'entretien courant et les petites réparations que le locataire assume pendant toute la durée du bail, qu'il les fasse lui-même ou qu'il les confie à un professionnel. En meublé de résidence principale, le partage ne dépend donc ni du montant de la facture, ni de la bonne volonté des parties, mais de la catégorie dans laquelle tombe l'intervention et de la cause qui l'a rendue nécessaire.
Vous voulez savoir à quoi correspondent les réparations locatives ? Il s'agit de l'entretien courant et des petites réparations qui sont à la charge du locataire pendant toute la durée du bail. Le locataire doit les faire lui-même ou les faire réaliser par un professionnel.
La liste de référence est celle du décret n° 87-712 du 26 août 1987, expressément visé par cette fiche. Elle n'est pas exhaustive : elle sert de grille de lecture, pas de catalogue fermé.
Ce qui reste au locataire
Le locataire prend en charge ce qui relève de l'usage quotidien : maintenir le logement propre, remplacer ce qui se consomme, entretenir les petites pièces mécaniques. Concrètement, cela couvre le dégorgement des canalisations et le remplacement des joints, les joints, clapets et flotteurs de la robinetterie et de la chasse d'eau, l'entretien des vitres et la réfection des mastics, le graissage des gonds, serrures et verrous, le remplacement d'une clé perdue, les ampoules, fusibles, interrupteurs et prises, la cire et la vitrification du parquet, les petits raccords de peinture et de tapisserie, l'entretien annuel de la chaudière sauf stipulation contraire du bail, le ramonage, l'entretien du détecteur de fumée et le nettoyage des bouches d'aération. S'ajoutent les petites réparations des autres équipements indiqués au bail, ce qui vise directement l'électroménager du logement meublé.
Le locataire répond aussi des détériorations causées par sa négligence ou son défaut d'entretien, et de celles causées par les personnes qui vivent chez lui, qu'il héberge, qu'il invite, ou par un professionnel qu'il a lui-même mandaté. Il peut s'en exonérer, mais à charge pour lui de démontrer qu'il n'y est pour rien.
Ce qui reste au bailleur
La règle du bailleur est une règle par soustraction : les réparations à la charge du bailleur sont toutes celles qui ne sont pas des réparations locatives. Cela recouvre les travaux nécessaires au maintien en l'état et à l'entretien normal du logement, les travaux d'amélioration, ceux qui portent sur la performance énergétique du logement, et ceux qui sont indispensables pour respecter les critères de décence.
Durant toute la durée du bail, le propriétaire doit faire tous les travaux qui ne sont pas à la charge du locataire, c'est-à-dire tous les travaux qui ne sont pas des réparations locatives. [...] Cette obligation ne s'applique pas lorsque les travaux sont rendus nécessaires par la faute du locataire. Lorsqu'elles sont occasionnées par la vétusté ou la force majeure, les réparations locatives sont à la charge du propriétaire.
Une même intervention peut donc changer de camp selon sa cause. La liste dit ce qu'est une réparation locative ; la cause dit qui la paie.
Deux conséquences pratiques, souvent ignorées. D'abord, l'obligation du bailleur tombe lorsque les travaux sont rendus nécessaires par la faute du locataire : une porte enfoncée n'est pas un travail d'entretien. Ensuite, si les travaux que vous engagez durent plus de vingt et un jours, une baisse de loyer proportionnelle à leur durée est due au locataire. Autant les planifier entre deux locations.
Les trois causes qui renversent la charge
C'est ici que se jouent la plupart des litiges. Trois causes ramènent au bailleur une dépense qui, sur le papier, figure pourtant dans la liste des réparations locatives.
La première est la vétusté, c'est-à-dire l'usure naturelle du logement par un usage normal et prolongé : peinture passée, revêtement de sol usé, canalisation fatiguée. La deuxième est la force majeure, une tempête par exemple. La troisième tient au logement lui-même : lorsqu'une grosse réparation qui incombait au bailleur est à l'origine des dégâts, le locataire n'a pas à en répondre.
La vétusté correspond à une usure naturelle due à un usage normal et prolongé du logement, comme par exemple : Peinture dont la couleur a passé, Revêtement de sols usés. [...] Les dommages causés par la vétusté sont à la charge du propriétaire, même si les réparations nécessaires figurent sur la liste des réparations locatives.
La vétusté prime sur la liste. C'est la raison pour laquelle une grille de vétusté, choisie parmi celles ayant fait l'objet d'un accord collectif, sécurise la fin de bail des deux côtés.
Pour chiffrer cet abattement plutôt que de le discuter, appuyez-vous sur une grille : notre modèle de grille de vétusté en location meublée détaille les durées de vie théoriques et le coefficient de réduction annuel à appliquer poste par poste. Un dernier cas mérite d'être isolé : le sinistre. Un dégât des eaux ou un cambriolage ne se règlent pas par la liste du décret mais par les assurances, sujet traité dans notre guide sur la responsabilité en cas de dégât des eaux en location meublée.
Réparations locatives : le tableau poste par poste en meublé
Voici la répartition appliquée aux postes que rencontre un bailleur LMNP, avec le point de vigilance propre à la location meublée. Les exemples de la colonne locataire reprennent ceux de la fiche officielle citée plus haut.
| Poste | À la charge du locataire | À la charge du bailleur | Point de vigilance en meublé |
|---|---|---|---|
| Plomberie et canalisations d'eau | Dégorgement, remplacement des joints et des colliers | Remplacement des canalisations vétustes, fuite due à la vétusté | Une fuite tue le mobilier avant de tacher le mur : rappelez au locataire son devoir d'alerte |
| Robinetterie, chasse d'eau, sanitaires | Joints, clapets et presse-étoupe des robinets, flotteurs et joints cloche de la chasse d'eau, détartrage, flexible de douche | Remplacement d'un mitigeur, d'un receveur ou d'une baignoire usés | Rotation locative élevée : le détartrage non fait se voit à l'état des lieux de sortie |
| Chauffage, eau chaude, chaudière | Entretien annuel de la chaudière sauf clause contraire du bail, rinçage des corps de chauffe, ramonage des conduits | Remplacement de l'appareil en fin de vie, panne due à la vétusté | Vérifiez la clause du bail avant de facturer : elle peut avoir mis l'entretien à votre charge |
| Revêtements de sol | Cirage, entretien de la vitrification, remplacement de quelques lames de parquet, raccords de moquette | Réfection d'un sol usé par le temps | Un meublé change souvent de locataire : sans grille de vétusté, la retenue se discute |
| Murs, plafonds, peintures | Propreté, petits raccords de peinture et de tapisserie, rebouchage des trous de fixation | Réfection complète de peintures défraîchies par l'usage normal | Ne facturez jamais une remise à neuf après une occupation courte |
| Menuiseries, portes et placards | Graissage des gonds et charnières, boutons et poignées, tablettes et tasseaux de placard, plinthes et baguettes | Remplacement d'une menuiserie hors d'usage | Les placards intégrés font partie du logement, pas de l'inventaire du mobilier |
| Serrures, verrous et clés | Graissage, remplacement des petites pièces, refaire une clé perdue ou abîmée | Remplacement d'une serrure vétuste ou forcée hors faute du locataire | Comptez et décrivez les clés à l'entrée : la clé perdue est un poste de litige classique |
| Vitrages et fenêtres | Réfection des mastics, remplacement des vitres détériorées | Fenêtre déformée, non étanche ou à remplacer, isolation | Une simple vitre cassée reste locative, même si le devis est élevé |
| Volets et stores | Graissage du mécanisme, cordes, poulies, remplacement de quelques lames, réparation du volet dégradé de son fait | Volet défectueux sans faute du locataire | Le volet roulant motorisé est un équipement du logement, jamais un meuble de l'inventaire |
| Électricité | Ampoules et tubes, coupe-circuit et fusibles, interrupteurs, prises de courant, baguettes de protection | Tableau électrique, remise aux normes, mise en conformité de décence | Multiprises et rallonges du locataire ne vous engagent pas |
| Électroménager fourni | Entretien et petites réparations des équipements indiqués au bail : réfrigérateur, lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle, hotte | Remplacement de l'appareil usé ou hors service | Un appareil de la liste obligatoire hors service fragilise la qualification de meublé |
| Mobilier de l'inventaire | Usage soigneux, dégradations et disparitions constatées à la sortie | Renouvellement des meubles usés par un usage normal | Matelas taché égale dégradation, matelas affaissé après des années égale vétusté |
| Jardin privatif et extérieurs | Tonte, désherbage, taille, arrosage, nettoyage des terrasses et auvents, dégorgement des gouttières | Élagage des branches débordant chez le voisin, toitures et façades végétalisées, curage de la fosse septique | Décrivez l'état du jardin à l'entrée, photos à l'appui, sinon rien n'est opposable |
| Détecteur de fumée et ventilation | Entretien et remplacement du détecteur, nettoyage des bouches d'entrée et d'extraction d'air | Achat et installation du détecteur de fumée initial | Le détecteur figure dans l'état des lieux d'entrée du meublé : vérifiez son bon état |
Le cas propre au meublé : qui remplace le mobilier obligatoire ?
C'est la question que la location nue ne connaît pas, et sur laquelle la plupart des contenus généralistes restent muets. Un logement meublé loué en résidence principale doit contenir au minimum une liste de meubles et d'objets fixée par décret.
Un logement meublé utilisé comme résidence principale par le locataire, doit obligatoirement et au minimum contenir les meubles et les objets suivants : Literie avec couette ou couverture, Volets ou rideaux dans les chambres, Plaques de cuisson, Four ou four à micro-onde, Réfrigérateur, Congélateur ou compartiment à congélation du réfrigérateur d'une température maximale de -6°, Vaisselle en nombre suffisant pour que les occupants puissent prendre les repas, Ustensiles de cuisine, Table, Sièges, Étagères de rangement, Luminaires, Matériel d'entretien ménager adapté aux caractéristiques du logement.
Liste du décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015. Le juge peut requalifier le bail en bail de logement vide si elle n'est pas respectée.
La règle de tri en trois questions
Quand un élément du mobilier tombe en panne ou casse, posez trois questions dans cet ordre. La panne vient-elle d'une négligence, d'un choc ou d'un mauvais usage ? Elle est pour le locataire. Vient-elle de l'usure normale d'un bien arrivé au bout de sa vie ? Elle est pour vous. S'agit-il d'une petite réparation d'entretien sur un équipement mentionné au bail, comme le remplacement d'un joint de porte de réfrigérateur ou le nettoyage d'un filtre de lave-linge ? Elle est pour le locataire, au même titre que les autres réparations locatives.
Autrement dit, le locataire répond de ce qu'il abîme, le bailleur assume ce que le temps use. Un matelas percé par une cigarette se facture ; un matelas affaissé après plusieurs années d'occupation ne se facture pas. Une plaque de cuisson fêlée par un choc se facture ; une plaque dont le foyer ne chauffe plus après huit ans se remplace à vos frais.
Pourquoi le renouvellement n'est pas négociable en meublé
Le mobilier obligatoire n'est pas un agrément commercial : c'est la condition qui fait du logement un meublé. Rien n'indique que cette exigence s'apprécierait au seul jour de la signature du bail. Un réfrigérateur définitivement hors service ne remplit plus la fonction que la liste lui assigne, et le sujet dépasse alors la simple répartition d'une facture : en cas de litige sur le type de bail, le juge peut requalifier le logement meublé en logement vide lorsque la liste n'est pas respectée. Le remplacement rapide est donc un réflexe de gestion, pas une largesse. Pour la liste complète et son application pratique, voyez notre guide sur les meubles obligatoires en location meublée.
L'inventaire, votre seule preuve
Aucune de ces règles ne s'applique sans un inventaire sérieux. Un inventaire et un état détaillé du mobilier sont établis à la remise des clés et à leur restitution, signés des deux parties et annexés au bail. Sans description de l'état d'entrée, marque, modèle, âge approximatif, photos, vous ne pourrez démontrer ni la dégradation, ni son ampleur. Notre modèle d'inventaire du mobilier annexé au bail meublé reprend cette trame.
Fin de bail : facturer une réparation sans voir la retenue annulée
La théorie se juge au moment de la restitution du dépôt de garantie. Trois conditions cumulatives conditionnent une retenue solide.
Première condition, un écart démontré entre l'entrée et la sortie. La comparaison des deux états des lieux est la base de tout : notre guide sur l'état des lieux de sortie en meublé détaille la méthode. Retenez ce point décisif : en l'absence d'état des lieux de sortie, le locataire est considéré comme ayant remis le logement en bon état. Sans document, pas de retenue.
Deuxième condition, des justificatifs. Une retenue s'appuie sur des pièces remises au locataire : états des lieux d'entrée et de sortie, photos, constat de commissaire de justice, factures ou devis de travaux. Un forfait annoncé sans pièce se conteste facilement.
Troisième condition, l'abattement de vétusté. Vous ne facturez jamais du neuf contre de l'usagé : appliquez le coefficient de la grille retenue avant d'annoncer un montant.
En cas de retenue, le propriétaire (ou l'agence immobilière) doit remettre au locataire des documents justificatifs. Par exemple, il peut s'agir des documents suivants : états des lieux d'entrée et de sortie, photos, constat fait par un commissaire de justice, factures ou devis de travaux, lettre de réclamation des loyers impayés restée sans réponse. [...] Le montant du dépôt de garantie à rendre au locataire est augmenté d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel (hors charges) pour chaque mois de retard commencé.
En meublé, le dépôt de garantie ne peut pas dépasser deux mois de loyer hors charges, et il est interdit en bail mobilité.
Les délais, enfin. Le dépôt de garantie se restitue dans un délai maximum d'un mois lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, et de deux mois lorsqu'il ne l'est pas, à compter de la remise des clés. Passé ce délai, la somme due au locataire est majorée de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé, sauf si le retard vient de ce que le locataire ne vous a pas communiqué sa nouvelle adresse. Notre guide du dépôt de garantie en location reprend le mécanisme complet.
Deux réflexes évitent l'essentiel des conflits. Signalez immédiatement au locataire, par écrit, tout défaut qu'il doit traiter en cours de bail : une négligence prolongée se démontre mal a posteriori. Et ne mélangez jamais réparations et charges : les prestations récupérables suivent un régime distinct, exposé dans notre article sur les charges locatives récupérables en meublé.
Et côté fiscal, que devient la dépense ?
Un point de vigilance pour finir, car les deux grilles se confondent facilement. La répartition civile répond à la question « qui paie la réparation ». La qualification fiscale répond à une autre question : comment la dépense restée à votre charge se traite dans votre résultat de loueur en meublé au régime réel. Une dépense d'entretien, une dépense d'amélioration et l'acquisition d'un équipement neuf ne se traitent pas de la même façon, et cette ligne de partage ne recoupe pas celle du décret n° 87-712.
Ne raisonnez donc jamais par transposition. Vérifiez chaque dépense dans son propre cadre : nos guides sur les travaux déductibles en LMNP et sur les charges déductibles au réel traitent la question en détail, y compris le sort des sommes que vous récupérez sur le dépôt de garantie.
FAQ : réparations locatives en location meublée
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