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Congé du bailleur en meublé : préavis, motifs et formalisme

Préavis de trois mois, trois motifs autorisés, formalisme strict, protection du locataire âgé : tout ce que le bailleur doit savoir pour donner congé.

11 min de lecture
·
1 juillet 2026
Congé du bailleur en meublé : préavis, motifs et formalisme

Congé du bailleur en meublé : préavis, motifs et formalisme

Donner congé à son locataire en location meublée n'a rien d'une simple lettre envoyée quand on le souhaite. Contrairement à une idée répandue, le propriétaire n'est jamais libre de récupérer son logement du jour au lendemain, même s'il en est le seul propriétaire. La loi encadre strictement ce droit : un délai précis à respecter, une liste fermée de motifs autorisés, un formalisme rigoureux et des protections renforcées pour certains locataires. Un congé mal préparé est un congé nul, qui laisse le bail se poursuivre pour un an de plus, voire expose le bailleur à une lourde amende s'il a menti sur ses intentions. Ce guide complet déroule tout ce qu'un bailleur en meublé doit savoir avant d'envoyer son congé.

La réponse en 60 secondes

Le propriétaire d'un logement meublé peut donner congé à son locataire uniquement pour l'échéance du bail, en respectant un préavis de trois mois avant cette date. Seuls trois motifs sont admis : la reprise du logement pour y habiter ou y loger un proche, la vente du bien, ou un motif légitime et sérieux comme des impayés répétés. Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte de commissaire de justice ou par remise en main propre, en indiquant le motif et, en cas de reprise, le nom et l'adresse du bénéficiaire. Certains locataires âgés et modestes bénéficient d'une protection qui interdit le congé sans relogement. Un congé pour reprise ou vente délivré frauduleusement expose à une amende de 6 000 euros pour un particulier.

Le principe : un congé possible seulement à l'échéance du bail

En location meublée, le bail a une durée d'un an, ou de neuf mois pour un bail étudiant. À l'issue de cette période, le contrat se renouvelle automatiquement par tacite reconduction pour la même durée, sauf si l'une des parties y met fin. C'est ce mécanisme de reconduction, que nous détaillons dans notre guide sur la durée du bail meublé d'un an et sa reconduction tacite, qui commande tout le régime du congé du bailleur.

Le point essentiel à comprendre est que le propriétaire ne peut pas donner congé quand bon lui semble en cours de bail. Il ne peut le faire que pour l'échéance du contrat, c'est-à-dire pour la date anniversaire du bail. En pratique, cela signifie qu'un bailleur qui souhaite récupérer son logement doit anticiper : il lui faut viser la prochaine échéance annuelle et respecter le préavis en amont de cette date. S'il rate cette fenêtre, le bail se reconduit pour une année complète et le bailleur devra attendre l'échéance suivante.

Cette asymétrie avec le locataire est voulue par le législateur. Le locataire, lui, peut partir à tout moment en respectant un simple préavis d'un mois, comme nous l'expliquons dans l'article dédié au préavis d'un mois du locataire en meublé. Le bailleur, à l'inverse, est enfermé dans un calendrier strict et ne dispose que d'une occasion par an pour reprendre son bien. Cette différence traduit la volonté de protéger le locataire contre une éviction brutale de son domicile.

Le préavis de trois mois : comment le calculer

Le délai de préavis que le bailleur doit respecter pour donner congé en meublé est de trois mois. Ce délai n'est pas facultatif et il court avant l'échéance du bail. Autrement dit, le congé doit parvenir au locataire au moins trois mois avant la date anniversaire du contrat.

LegifranceService public de la diffusion du droit
Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 25-8
Le bailleur qui souhaite en modifier les conditions doit informer le locataire avec un preavis de trois mois. Lorsqu'il donne conge a son locataire pour reprendre le logement, le bailleur justifie du caractere reel et serieux de sa decision de reprise. Le conge doit indiquer le motif allegue et, en cas de reprise, les nom et adresse du beneficiaire. Le fait de delivrer un conge justifie frauduleusement est puni d'une amende de 6 000 euros pour une personne physique et 30 000 euros pour une personne morale.
Consulter la source officielle

Prenons un exemple concret. Un bail meublé signé le 1er septembre 2025 arrive à échéance le 31 août 2026. Pour donner congé à cette échéance, le bailleur doit s'assurer que sa lettre est reçue par le locataire au plus tard le 31 mai 2026, soit trois mois avant. S'il envoie son congé le 15 juin, il est hors délai : le bail se reconduit pour un an et la prochaine occasion de reprise sera le 31 août 2027.

Le point de départ du délai est la date de réception du congé par le locataire, et non la date d'envoi. C'est un piège classique. Pour une lettre recommandée, c'est la date de première présentation par le service postal qui fait foi. Le bailleur doit donc intégrer les délais d'acheminement et poster son congé avec une marge de sécurité de plusieurs jours avant la limite des trois mois. En cas de doute, mieux vaut envoyer le congé bien en avance : rien n'interdit d'anticiper largement, seul le retard est sanctionné.

Les trois motifs autorisés : reprise, vente, motif légitime et sérieux

Le propriétaire ne peut pas donner congé sans raison. La loi limite le congé du bailleur à trois motifs, et à trois seulement. Toute autre justification, ou l'absence de motif, rend le congé irrégulier.

La reprise du logement

Le premier motif est la reprise du logement pour l'habiter soi-même ou pour y loger un proche. Le bénéficiaire de la reprise peut être le bailleur lui-même, son conjoint, son partenaire de Pacs, son concubin notoire depuis au moins un an, ses ascendants, ses descendants, ou ceux de son conjoint ou partenaire. La reprise doit correspondre à une intention réelle d'habitation : le logement doit servir de résidence au bénéficiaire.

La loi impose au bailleur de justifier du caractère réel et sérieux de sa décision de reprise. Cette exigence signifie que la reprise ne peut pas être un prétexte. Le bailleur doit être en mesure de démontrer, si le locataire conteste, que la reprise correspond à un besoin véritable et que le bénéficiaire va effectivement occuper le logement. Le congé pour reprise doit d'ailleurs mentionner le nom et l'adresse de la personne qui bénéficiera de la reprise, une exigence de transparence destinée à permettre le contrôle de la sincérité du motif.

La vente du logement

Le deuxième motif est la vente du bien. Le bailleur qui souhaite vendre son logement meublé libre de tout occupant peut donner congé à son locataire pour l'échéance du bail. À la différence de la location vide, le congé pour vente en meublé n'ouvre pas au locataire un droit de préemption légal sur le logement : le bailleur n'est pas tenu de proposer d'abord la vente à son locataire. Cette souplesse est l'un des attraits de la location meublée pour les investisseurs qui envisagent une revente.

Le congé pour vente reste néanmoins soumis au préavis de trois mois et au formalisme général du congé. Il doit indiquer clairement le motif de vente. Comme pour la reprise, un congé pour vente qui ne serait qu'un prétexte, sans intention réelle de céder le bien, s'expose à la sanction de la fraude.

Le motif légitime et sérieux

Le troisième motif est le motif légitime et sérieux. Il s'agit d'une catégorie plus large, qui vise principalement les manquements du locataire à ses obligations. Le cas le plus fréquent est celui des loyers impayés à répétition ou des retards de paiement récurrents. Peuvent aussi être invoqués des troubles de voisinage caractérisés, un défaut d'assurance ou le non-respect grave d'une clause du bail.

Le caractère légitime et sérieux du motif s'apprécie au regard des faits reprochés au locataire. Le bailleur doit pouvoir étayer son congé par des éléments concrets : mises en demeure restées sans effet, historique des impayés, courriers de rappel. Un motif vague ou non documenté ne suffit pas. Ce motif se distingue de la procédure d'expulsion pour impayés, qui suit une voie judiciaire propre : le congé pour motif légitime et sérieux intervient pour l'échéance du bail, tandis que la clause résolutoire permet d'agir en cours de bail.

Le formalisme du congé : notification et mentions obligatoires

Un congé du bailleur ne se donne pas par un simple message ou un appel téléphonique. La loi impose un mode de notification précis et un contenu obligatoire, sous peine de nullité.

Le congé doit être notifié par l'un de ces trois moyens : la lettre recommandée avec accusé de réception, l'acte de commissaire de justice, anciennement appelé huissier de justice, ou la remise en main propre contre récépissé ou émargement. Ces trois voies ont la même valeur juridique, mais elles n'offrent pas la même sécurité. L'acte de commissaire de justice est le plus sûr, car il rend la date de notification incontestable et écarte tout risque de lettre non retirée. Il est vivement recommandé pour un congé à fort enjeu, notamment une reprise ou une vente susceptible d'être contestée.

Quant au contenu, le congé doit impérativement indiquer le motif allégué. Un congé silencieux sur son motif est nul. En cas de reprise, il doit en outre préciser le nom et l'adresse du bénéficiaire de la reprise. Cette mention permet au locataire de vérifier la réalité de la reprise et de contester le congé s'il soupçonne une fraude. Lorsque le logement est occupé par plusieurs colocataires, le congé doit être adressé à chacun d'eux pour être opposable à tous.

Il est également prudent de reprendre dans le congé les références légales et de rappeler la date d'échéance du bail visée. Un congé rédigé avec soin, mentionnant clairement le motif, le bénéficiaire éventuel et la date d'effet, limite considérablement le risque de contestation. Pour bien construire la relation locative en amont, la rédaction du bail lui-même est déterminante, comme nous l'expliquons dans notre modèle de contrat de location meublée et ses mentions obligatoires.

La protection du locataire âgé et modeste

La loi accorde une protection particulière à certains locataires vulnérables. Le bailleur ne peut pas donner congé, que ce soit pour reprise ou pour vente, à un locataire âgé et disposant de ressources modestes, sauf s'il lui propose une solution de relogement adaptée.

Cette protection joue lorsque deux conditions sont réunies : le locataire a dépassé un certain âge et ses ressources annuelles sont inférieures à un plafond fixé par référence au barème du droit au logement. Dans ce cas, le bailleur qui veut reprendre ou vendre doit offrir au locataire un logement correspondant à ses besoins et à ses possibilités, situé à proximité. Sans cette offre de relogement, le congé est irrégulier et le locataire protégé peut se maintenir dans les lieux.

Une exception existe toutefois : cette protection ne s'applique pas si le bailleur est lui-même âgé ou dispose de ressources modestes, selon des seuils symétriques. Le législateur a voulu ménager l'équilibre entre un locataire vulnérable et un propriétaire qui le serait tout autant. Pour un bailleur qui hésite, il est essentiel de vérifier la situation d'âge et de ressources de son locataire avant de délivrer un congé pour reprise ou pour vente, car un oubli sur ce point suffit à faire tomber le congé.

La sanction du congé frauduleux

Le congé du bailleur repose sur une confiance : le propriétaire affirme un motif que le locataire, en pratique, peut difficilement vérifier sur le moment. Pour dissuader les abus, la loi punit sévèrement le congé délivré frauduleusement.

Le congé pour reprise ou pour vente qui repose sur un motif mensonger constitue une fraude. C'est le cas, par exemple, du bailleur qui invoque une reprise pour y loger un proche, obtient le départ du locataire, puis remet aussitôt le logement en location à un loyer plus élevé. C'est aussi le cas du congé pour vente non suivi d'une mise en vente réelle du bien. Dans ces situations, le bailleur a détourné le mécanisme du congé pour évincer le locataire sans motif légitime.

La sanction est lourde. Le fait de délivrer un congé justifié frauduleusement est puni d'une amende de 6 000 euros pour une personne physique et de 30 000 euros pour une personne morale, par exemple une société civile immobilière. Au-delà de cette amende, le locataire évincé de mauvaise foi peut réclamer des dommages et intérêts en réparation de son préjudice. Le message du législateur est sans ambiguïté : le congé doit correspondre à une intention réelle et sincère, sous peine d'une sanction financière significative.

Erreurs fréquentes qui rendent un congé nul

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement et suffisent à faire annuler un congé, obligeant le bailleur à recommencer et à attendre une nouvelle échéance. La première est le non-respect du préavis de trois mois : un congé reçu même quelques jours trop tard est inopérant pour l'échéance visée. La deuxième est l'absence de motif ou un motif étranger aux trois motifs autorisés. La troisième est l'oubli, en cas de reprise, du nom et de l'adresse du bénéficiaire.

Une autre erreur classique consiste à envoyer le congé par un moyen non prévu par la loi, comme un simple courrier ordinaire ou un courriel, qui ne constituent pas une notification valable. Enfin, ignorer la protection du locataire âgé et modeste est un piège fréquent, car le bailleur ne pense pas toujours à vérifier l'âge et les ressources de son locataire avant d'agir. Chacune de ces fautes transforme un congé que l'on croyait valide en un acte sans effet, et fait perdre au bailleur une année entière. La rigueur, ici, n'est pas une option.

Bien gérer la période entre le congé et le départ

Une fois le congé valablement délivré, le bail se poursuit normalement jusqu'à son échéance. Le locataire reste tenu de payer son loyer et ses charges pendant tout le préavis, et le bailleur conserve ses obligations d'entretien. Le locataire peut, s'il retrouve un logement plus tôt, quitter les lieux avant l'échéance en respectant son propre préavis d'un mois, sans être tenu au reste de la période.

C'est aussi le moment de préparer la sortie sur le plan pratique : organisation de l'état des lieux de sortie, restitution du dépôt de garantie, relevés de compteurs. Une gestion locative rigoureuse, avec des documents à jour et des échéances suivies, évite les litiges de fin de bail. Suivre les dates d'échéance, les préavis et les notifications au bon moment est précisément ce qui distingue un bailleur serein d'un bailleur qui rate sa fenêtre de reprise ou voit son congé annulé pour un détail de forme.

Questions fréquentes sur le congé du bailleur en meublé

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Rédigé par Folly Germain AMOUZOUVI-DOVO

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